Vessey

L'église Saint-Vincent-de-Vessey et la chapelle de Ballant

Situation de Vessey

Vessey affecte la forme générale d’un triangle : il n’y a guère de limites naturelles : ses principaux cours d’eau sont la Dierge, le ruisseau de Cerisay, et celui du Loison.

Les noms les plus significatifs sont la Croix-du-Prêtre, le Manoir-au-Court, la Corne-de-Lièvre, le Val, Saint-Gilles, la Ramée, les Noes, le Logis-de-Verdun, le Moulin-aux-Moines.

Le nom de Vessey semble dériver, avec les noms des paroisses voisines, de celui d’un chef de la Conquête. D’après le Domesday, un Robert de Veci possédait dans les Comtés de Shrop et de Lincoln. Dugdale le cite dans son Baronage. Le Versey de la liste de Brompton est peut-être le même personnage. On voit par la souscription de Liger de Vesci, et par les Vecie des chartes, qu’au Moyen-Âge le nom se conservait fidèle à sa forme originelle.

Eglise de Vessey


L’église, dont le patron était l’évêque d’Avranches, possède un vestige d’une haute antiquité dans son portail septentrional et dans sa côtière en opus spicatul. Ce portail est le roman dans sa simplicité la plus nue, et nous le croyons antérieur au XIe siècle ; il est abrité par un porche du XVIe siècle, appelé populairement le chapitreau. Le chœur montre encore de jolis vitraux dans ses mutilations : il a été fait en 1556. Sa fenêtre orientale a perdu ses meneaux et sa tracerie. Une fenêtre latérale renferme un Crucifiement en vitrail peint. La tour est de 1611, et n’a de remarquable q’un trèfle tellement ouvert, comme à Ceaux, qu’il figure une accolade, et exprime la transformation de la première figure dans la seconde. Les deux croix rondes du cimetière se rattachent à l’époque romane. Le reste de l’église est récent, mais en partie refait avec d’anciennes pierres.

L’église Saint-Vincent de Vessey rendait 400 liv. en 1648 ; en 1698, elle valait 800 liv., elle avait neuf prêtres ; 270 taillables payaient 2 018 liv. Le gentilhomme était alors Ch. de Verdun, sieur de Balent.

Un curé de Vessey est devenu évêque. En 1588, le frère de Georges Péricard, évêque d’Avranches, François Péricard, scolastique et curé de Vessey, fut élevé sur le siège épiscopal d’Avranches. À l’esprit religieux, il unit le courage guerrier. Ligueur résolu, il soutint en personne, avec son frère Odoard, le rude siège d’Avranches par le Duc de Mont-Pensier, qui fit crouler sous ses boulets la salle synodale attenant à l’évêché. Deux grands événements, la Ligue et la Révolte des Nu-Pieds, joints à son mérite personnel, firent de sa prélature une des plus grandes de l’épiscopat d’Avranches.

Mais la principale illustration de Vessey est son Prieuré de Balent, un des principaux du Mont-Saint-Michel : aussi est-il très-souvent cité dans les livres de cette abbaye.

Il est cité dans le Cartulaire pour une concession du XIe siècle : « Ego Willelmus concessi Vicum Crucis, Vilers, Baleent. ». Il apparaît dans l’énumération des propriétés du Mont dans la grande charte d’Alexandre III, rendue en 1178 : « Villam de Cruce, Villaire (Villers), Baalent, ect. »

En 1188, Balent fut le théâtre d’une solennelle donation faite au Mont par Raoul de Fougères et racontée dans une charte du Cartulaire : « In festo SS. Damiani et Cosmiani, D. Martinus, abbas montis S. Michaelis perrexit ad domum S. Michaelis de Baalem, cum monachis et militibus : fuerunt autem monachi cum eo Guimundus Prior, W. de S. Georgio, Prior de Vilamers, Rob. de Baalem, Albandus socius ejus ; milites vero Hugo de S. Pancratio, W. de Cauge, W arr. de Maidre, et Thomas filius ejus adhuc puer ; post hos autem Pliverius filius de Laisas, puer, ect., et venit etiam epsa die ad eumdem locum D. Rad. de Dilgeriis… qui dedit de feodis que tenet de ecclesia Montis, scilicet de Maidre... » et pour ces dons : « Post missam festivitatis ipse cum tribus aut quatuor de militibus suis comedet in refectorio, ad dexteram domini abbatis, socii vero ejus comedent in camera aut in villa. ».

Prieuré de Ballant

Vers ce temps, selon dom Huynes, l’abbé Robert « unit à son abbaye les biens des Prieurés de S. Pair, de Brion, de Genest, de Ballan et de St Meloir ».

Dans le Livre des Constitutions on lit que le Prieuré « de Baalaam » était taxé de 7 liv. 5 sol. et demi.

En 1337, l’abbé de Marmoutier, délégué par le pape, vint au Mont, et de concert avec l’abbé arrêta que deux religieux seraient envoyés à Paris « ad studia generalia » et entretenus aux frais des Prieurés : celui de Balent fut taxé à 30 sous.

Balent est souvent cité avec la Chapelle-Hamelin dans l’Inventaire des Titres fait au XIVe siècle. Le seigneur du fief de Balent était soumis à une redevance qui rappelle celle de Lord Scale pour le Rec de Granville, et qui sert à prouver que la dette féodale était plutôt un signe de vassalité qu’une affaire d’intérêt. À l’article de Balent, dans le Terrier, on trouve cette note : « Est deub tous les ans au jour de S. Michel par le seigneur du fief de Balent un chapeau de roses ou douze deniers de rente. ».

Il reste du Prieuré une statue de Vierge en tuffeau et une fenêtre trifoliée.

Vessey est une grande terre, le fief de Guivray, dont le nom semble dériver de Guivre, serpent. Il a pour armes un serpent qui tient un enfant par le milieu du corps. On racontait qu’un Guyvray, archer d’un Duc de Normandie, avait tué un serpent qui allait dévorer un de ses enfants, et que, pour ce fait, il avait été gratifié de ces armes et de cette terre.

A Vessey séjourna quelque temps un illustre botaniste né dans le voisinage, M. Louiche Desfontaines, dont la Flore de l’Atlas fut à la fois une oeuvre de science et de courage, et dont le nom vivra autant que la Fontanesia et la Louichera.


Voix enregistrée : Emmanuelle GEORGES