Cormeray

Sous le vocable de Notre-Dame et son ancien temple

Situation de Cormeray

Le territoire de Cormeray, carré assez régulier, forme un appendice au sud-ouest de Macey.



Cormeray était autrefois une paroisse, et avait son église et son manoir. Son église est une ecclesiola, flanquée d’antiques contreforts. Ils datent sans doute de l’époque romane. La seconde époque est le XVe siècle, que représente la grande fenêtre orientale. Le portail, cintre rustique, est du XVIe siècle. Mais elle apparaît pour la première fois au XIème siècle, elle fut « rétrocédée » à un petit seigneur laïc l’abbé, en échange d’un service d’ost, et restera jusqu’à la Révolution à la nomination du seigneur de la paroisse. Dans l’intérieur sont de vieilles statues. Ce qu’il y a de plus frappant, c’est un autel du siècle dernier, qui se distingue de ses analogues par son luxe d’ornementation : ce sont des colonnes torses autour desquelles s’enroulent et grimpent des pampres vigoureux chargés de grappes gonflées, des niches ornées de coquilles, des pots à feu, des volutes, des festons, enfin « toutes les fantaisies coquettes de l’architecture rocaille et chicorée » ou plutôt « cette lèpre d’oves, de volutes, d’entournements, de draperies, de guirlandes, de franges, de flammes, d’amours replets, de chérubins bouffis qui commence à dévorer la face de l’art dans l’oratoire de Marie de Médicis, et le fait expirer, deux siècles après, tourmenté et grimaçant, dans le boudoir de la Dubarry. ».

Cormeray était la plus petite paroisse du diocèse d’Avranches : elle comptait 12 feux ; le Grippon en avait 14. En 1648, cette église, qui avait pour patron le seigneur du lieu, rendait 300 liv. : elle était dédiée à Saint-Martin. À peu de distance, dans un enclos muré qu’on appelait Liber, était un prêche célèbre ouvert en 1627, incendié en 1662 puis démoli en 1684 par un de La Champagne, lieutenant au bailliage, en vertu des ordres du Roi. Les matériaux furent adjugés aux frères de la Charité de Pontorson. Ce prêche était une ancienne maladrerie, mentionnée dans le Pouillé de 1648 : « La maladrerie de Cormeray, de fondation commune, qui a pour patron l’évêque, rend 35 liv. ».

La suppression vers 1800 de l’arc triomphal séparant la nef du choeur a entraîné la disparition du clocher peigne qui le surmontait à l’extérieur, et son remplacement par un petit clocher en charpente, placé sur le pignon occidental de la nef. La façade porte intérieurement les traces d’un incendie très violent qu’on ne retrouve pas dans le reste de l’édifice. La modestie de l’architecture de cette église est largement compensée par le riche mobilier qu’elle abrite, et qui n’a heureusement pas bougé depuis l’inventaire qu’en fit Yves Nédélec en 1979 dans les Mélanges multigraphiés. On y trouve entre autre un Saint-Sébastien en pierre du XVème siècle, un Saint-Étienne et une Sainte-Barbe du XVIème siècle, un bel ensemble formé d’un Christ et de deux statues en bois de la Vierge et de Saint-Jean au pied du calvaire de la fin du même siècle, oeuvres très expressives provenant d’une ancienne perque, enfin une paire de grandes statues en bois représentant Saint-Vital, fondateur de l’abbaye de Savigny, et sa Soeur Saint-Adeline, fondatrice de l’Abbaye Blanche de Mortain, œuvres de qualité, malheureusement décapées, et venant très certainement d’ailleurs. Le chœur abrite un beau retable et une balustrade de la fin du XVIIe siècle, mais nous avons eu la surprise de découvrir, déposés au revers de la façade, deux retables latéraux en bois du milieu du même siècle, présentant un grand décor architectural.

Répondant à une commande de Mgr Bravard, l’abbé Guibert, curé de la paroisse, a rédigé pour les Conférences ecclésiastiques de 1866 une notice sur l’église de Cormeray. Il y affirme que « ces autels qui font l’admiration de tout le monde et la richesse de l’église » proviennent de la cathédrale d’Avranches, et qu’ils avaient été apportés à Cormeray par Monsieur Déloget, prêtre constitutionnel.

Le nom primitif, celui qui est resté dans la prononciation locale, était Cromeray : c’est la forme qu’il a dans la charte de 917 : « Dimidium Cromerei ». Nous le trouvons ainsi dans sa latinisation générale, et en particulier dans un registre des Synodes : « S. M. de Cromereyo ». Cromer est sans doute le nom de celui qui posséda et dénomma cette localité dans la grande division du sol normand qui fit Rollon à ses fidèles : « Terram funiculo suis fidelibus divisit. ».

À Cormeray est né le Général Legendre. Soldat au régiment de Forez, prêtre, puis soldat, quand la Révolution éclata, il parvint au grade de Général de Brigade. Il ternit ses services par la part qu’il prit à la capitulation de Baylen. Il fut secrétaire de celui qui signa cette capitulation, du Général Dupont, quand la Restauration en eut fait un ministre de la guerre. Détail peu connu, le nom de Cormeray figure dans « Quatre-vingt-treize » de Victor HUGO. « Ce qu’il regardait, c’était le clocher de Cormeray qu’il avait devant lui au fond de la plaine … La Silhouette de ce clocher se découpait nettement, on voyait la tour surmontée de sa pyramide et, outre la tout et la pyramide, la cage de la cloche, carrée, à jour, sous abat-vent, et ouverte aux regards des quatre côtés, ce qui est la mode des clochers bretons » (1ère partie, IV, 2). La description de Victor HUGO ne correspond guère évidement au clocheton couvert d’ardoises que nous connaissons. Seul le nom de Cormeray a frappé l’imagination de Victor HUGO.

L’histoire du Temple disparu de Cormeray est assez bien documentée. Les Montgommery, maîtres du château et de la ville de Pontorson, vont édifier peu après l’édit de Nantes le « presche » à quelques pas seulement de l’église paroissiale Notre-Dame. Mais en 1621 Gabriel II de Montgommery va échanger la place contre trente mille écus et une autre charge. Son départ de la ville va entraîner la fermeture du prêche, et obliger la communauté protestante à trouver un autre lieu de culte. Le 12 septembre 1626, un arrêt du Conseil du Roi va autoriser les réformés de la ville « de faire l’exercice de leur religion en ce lieu de Cormeray, distant d’une lieue ou environ de la ville, et de construire au dit lieu un temple pour le dit exercice à leurs frais et despens ». Gabriel d’Hauteville fit don du terrain, sur lequel fut rapidement édifié le temple, grâce à la générosité de Gabriel de Montgommery, de Jacques Dalibert et des autres notables de la communauté. Inauguré le 12 août 1627, le temple accueillait au moins trois services par semaine : le principal le dimanche matin à 9 heures, le second à 15 heures le même jour, enfin un service était célébré le jeudi. Incendié en 1662 par Olivier Bence, vicaire de l’église voisine, le temple fut reconstruit en 1669, avant d’être rasé juste avant la révocation de l’Édite de Nantes en 1685, et ses pierres furent données à l’hôpital de Pontorson. Les registres de ce temple et de la communauté ont été perdus, mais le souvenir de son emplacement au centre du village, dans le champ Libert, a survécu. Les bases d’un mur le long de la rue et un fragment de pierre tombale gravée du XVIIe siècle sont peut-être ses derniers vestiges. Avec quelques pierres dans un enclos voisin, qui devrait abriter le cimetière.


Voix enregistrée : Emmanuelle GEORGES